Regard Bouddhiste n°18 – L’enfant intérieur

Ne ressentez-vous pas comme une sorte de fébrilité teintée d’excitation et d’angoisse à l’aube de cette rentrée ? Expansion, contraction. Comment rester souple et disponible face à l’impermanence, dans cette détente innée de l’enfant ?

Entamez le dialogue

Qui n’a observé, émerveillé, un enfant passer du rire, au pleure, à la frustration en un mouvement ! Devenu adulte, une contrariété, et tout se fige ou explose, fulgurantes barrières à la libre circulation de l’émotion. L’émotion est mouvement de vie, l’émotion nous dit.
La pratique du yoga ouvre une brèche, début d’un dialogue intérieur. À l’écoute du corps, raideurs et blocages mettent en lumière les carapaces émotionnelles créées au cours de notre apprentissage (familial, scolaire, social) pour être accepté, aimé. Dans cette structure morcelée, loin de l’unité, la force de vie s’accumule dans certaines régions du corps, en déserte d’autres générant mal-être, fatigue, dépression, maladies…
Postures, respiration, attention portée au geste amènent une libre circulation du prâna dans les structures physique et énergétique : « là où la pensée va, l’énergie va »… processus possible lorsque la posture est confortable ! Alors comment trouver du plaisir, de la détente, du relâchement dans l’effort afin de laisser Être en soi ? Les Yoga sutra parlent d’« être fermement établi dans un espace heureux – stira sukham asana »

Alchimie du corps

Retrouver le goût de l’intimité à soi-même, dans son corps, dans sa chaire. Par exemple dans la posture de la pince, sentir les fibres musculaires qui s’étirent au rythme des respirations, ne plus lutter, simplement être. Puis s’allonger sur le dos, écouter et observer les mouvements en soi de fourmillements, chaleur, couleurs (…) qui traversent corps et esprit sans s’y attacher, sans retenir cet instant de vie. Alchimie du corps qui se tranforme dans la posture : l’ouverture du corps œuvre à l’ouverture intérieure. Accueillir, sans saisir, s’ouvrir à l’imprévisible, au mystère de la vie. Yoga sutra II.37. « Astéya-pratishthâyâm sarva-rtna-upasthânam : quand le désir de prendre disparaît, les joyaux apparaissent ».

Créativité

Chez soi, on peut pratiquer les asanas dans un enchaînement prédéfini telle une chorégraphie ou bien s’allonger et laisser le corps se mouvoir en toute liberté sans censure du mental, sans jugement et se laisser surprendre. Au-delà de la dualité, pas d’erreur, juste une exploration. Découvrir ce qui fait du bien, découvrir comment se faire du bien et s’autoriser à le vivre.
Jouer, s’émerveiller, être disponible à ce qui se présente, totalement à l’écoute, dans le moment présent, tel un enfant. Pour Carl Gustav Jung l’image de l’enfant « représente la poussée la plus forte et la plus inévitable de l’être, celle qui consiste à se réaliser soi-même » (Jung, Kerényi, Introduction à l’essence de la mythologie, Payot). Dans cet espace, il n’y a plus de manque, plus de peurs, c’est une fenêtre ouverte à la joie, au champ des possibles. Ce n’est plus un espace à remplir que coûte que coûte, il est déjà plein, généreux, complet en lui-même. Plein de l’être et du mystère de la vie.
« L’esprit est maître de son mouvement, unique, immuable, libre, stable, éternel. Le mouvement, avec toutes ces formes, est créé pour fournir une demeure à l’Esprit qui étant un, habite innombrable dans la multitude de ses demeures. » (Isha Upanishad – P.24)

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