Regard Bouddhiste n°17 – Respirez, c’est l’été !

Cet été, prenez le temps. Le temps de ne rien faire. Juste… res-pi-rer. Alors êtes-vous prêt à vous allonger ?

L’expérience de Shavasana

C’est l’été. Je fais une halte sous un pin. Au loin, j’entends les galets bousculer par l’océan. Je m’allonge sur le sol, jambes légèrement écartées, pieds relâchés vers l’extérieur, bras le long du corps, paumes des mains vers le ciel. Les épaules et mâchoires relâchées, le menton ramené à la base du cou. Les yeux fermés et le visage détendu, je prends le temps de m’installer confortablement.
J’accueille les sons qui m’entourent, le parfum des pins, la douce chaleur qui m’enveloppe.  Je savoure le « farniente ».
Doucement, je centre mon attention sur le souffle. Je l’écoute. Je le suis.
 J’expire, lentement, silencieusement, je « dépose » ce qui m’encombre.
Je reste quelques instants sans reprendre mon souffle, j’explore le Rien.  
J’inspire délicatement, sans bruit. Je  reçois.
Je me « suspends », en équilibre, en haut de l’inspire, immobile.
Une longue expiration vient, créant  l’espace pour inviter l’inspiration suivante.
Vivre en pleine conscience la respiration, dans ses quatre temps, c’est explorer le mystère de la vie. J’inspire, je nais à la vie… j’expire, je m’abandonne…

La Chandogya Upanishad nous dit : « 1.1.5 – Tous les êtres vivants entrent dans la vie ici-bas avec le souffle et la quittent avec le souffle. ». Vivre shavasana c’est expérimenter l’immobilité de la mort avec le corps, mais « touché », du souffle de vie qui le traverse. Il n’est plus le siège de l’émotion. Le relâchement musculaire est total. Seule subsiste la respiration qui relie à la vie. Le rythme de la respiration me trouve. Je me recharge énergétiquement. J’éprouve physiquement l’Essentiel. Tout s’arrête. Un espace s’ouvre, infini.
Lorsque j’aurai quitté la posture et que je serai de nouveau saisi, troublé, je ne le vivrai pas comme l’inéluctable. Je reviendrai au souffle en observant ma respiration, superficielle et me reconnecterai à l’ambiance intérieure de Shavasana.

Pranayama, la dynamique du souffle.

Les yogis ont exploré la respiration depuis des millénaires. Ils ont développé des techniques de respiration contrôlées, le prânâyâma (discipline respiratoire visant à contrôler le prâna, l’énergie vitale universelle). Dans les Yoga Sutra de Patanjali,  texte fondateur du yoga, il est dit : « sûtra 49 – (…) il faut s’attacher à respirer régulièrement. Les mouvements d’aspiration et d’expiration doivent être contrôlés ». Le prânâyâma repose sur la prise de conscience des quatre temps respiratoires appelés respiration yoguique (inspir, suspension poumons pleins, expir, suspension poumons vides) et l’application de variation de son rythme.
Pourquoi ? 
L’intérêt de ces techniques consiste à allonger la respiration afin qu’elle devienne de plus en plus subtile et d’en extraire le prâna. Tandis que l’échange d’air se situe au niveau du corps grossier, l’échange du prâna s’effectue au niveau du corps subtil. Le prânâyâma vise à nettoyer les canaux énergétiques (appelés nadi) dans lesquels circulent le prâna afin de libérer les nœuds émotionnels et permettre la libre expression de la vie en chacun de nous.

Respiration et émotions

Le corps soumis à l’émotion se transforme. Sa structure physique et physiologique est temporairement modifiée. Qui n’a jamais ressenti comme « un coup de poing » dans l’abdomen ? La sensation d’un cœur qui s’emballe ? Le système nerveux réagit, provoquant une accélération du rythme cardiaque… Les émotions et leurs expressions influencent le système respiratoire, la respiration devient superficielle et rapide. À l’inverse, des respirations longues et profondes procurent une meilleure oxygénation du cerveau et des cellules. Le système nerveux s’apaise, la pensée s’éclaircit, le calme s’installe permettant la gestion des émotions.
 Grâce à la respiration, le mental se relâche et laisse place à un espace d’apesanteur entre 2 pensées facilitant attention et concentration. C’est dans cet interstice que s’ouvre une dimension d’infini.

Le souffle de vie

Se concentrer sur la respiration invite au retrait des sens (parole, vision, écoute, mental) appelé pratyâhâra. Dans la Kaushîtaki Upanishad, il est dit que « 2.1 et 2.2 – le regard, la vue, l’ouïe et le manas (mental) sont les serviteurs du prâna ». Plus je progresse vers le centre de moi-même,  en appui sur ma respiration, plus je suis en contact avec l’essentiel, le Soi, l’âtman. La respiration est le trait d’union entre ma réalité et le « divin » en moi. Car c’est à la naissance du souffle que se trouve la pure conscience : « 3.3 – le souffle naît de l’âtman » (Prçana Upanishad).
Cet été, allongez-vous, fermez les yeux, laissez-vous emporter par le souffle.

KURMASANA – Posture de la tortue

« Lorsque, telle la tortue rentrant complètement ses membres, l’homme isole ses sens des objets sensibles, la sagesse en lui est vraiment solide » (2-58  Bhagavad-Gîtâ)
Prendre la posture : assit, les jambes écartées, le dos droit. Inspirez, étirez la colonne vertébrale.
Expirez, penchez le buste vers l’avant depuis le bassin, allongez les bras sous les genoux pliés afin qu’ils soient étirés au maximum et que genoux et épaules soient au même niveau, puis posez le front sur le sol.

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